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Hydraumatec muscle son parc de machines

Que de chemin parcouru depuis la reprise d’Hydraumatec ingénierie en 2007 par Emmanuel Germain. Grâce à une diversification habile entamée dès le rachat, la PME bretonne, basée à Plöermel (Morbihan), affiche une santé excellente qui lui permet de poursuivre ses investissements dans son parc de machines. Dernier en date : un centre d’usinage 5 axes avec changement automatisé de l’outil.

«Aujourd’hui, Hydraumatec emploie 32 salariés et réalise 4 millions d’euros de chiffre d’affaires » détaille Emmanuel Germain, son PDG. Le carnet de commandes bien rempli indique néanmoins que le choix opéré par Emmanuel Germain était le bon : la spécialisation dans le bloc foré hydraulique continue de porter ses fruits. « Nous avons atteint 40 % de notre chiffre d’affaires annuel en termes de commandes, avec une visibilité d’un an. Cela tient au fait que nous nous sommes positionnés auprès de clients constructeurs qui planifient leurs besoins, et nous permettent du même coup d’organiser notre production. » Autre atout non négligeable pour la PME, c’est qu’elle ne dépend d’aucune marque en particulier : « certains clients nous imposent leur marque, mais nous décidons la plupart du temps de choisir le composant qui s’adapte le mieux à la fonction » souligne Emmanuel Germain.
Hydraumatec ingénierie compte actuellement 320 clients, dont 5 totalisent chacun plus de 100 000 euros de CA. Le reste se ventile en constructeurs plus modestes, qui produisent des petites ou moyennes séries. « Ils cherchent du soutien dans le domaine hydraulique, puisque 90 % de nos blocs sont équipés. Nous sommes parfois amenés à intervenir chez ces clients en soutien technique sur de nouveaux blocs. »
Les clients sollicitent Hydraumatec pour une fonction globale, « à nous ensuite de bien définir les caractéristiques du bloc avec notre bureau d’études et celui du client pour lui apporter la solution attendue » note le PDG. Travaux publics, marché agricole, industrie, marine, oil & gas : Hydraumatec ingénierie couvre ainsi de nombreux secteurs. « C’est une force, puisque lorsqu’un marché est en baisse, comme ça a été le cas avec le secteur pétrolier, nous pouvons regagner de la croissance sur un autre. » Prospection commerciale, participation aux salons professionnels, comme le SIMA dans le machinisme agricole ou le SIFER dans l’industrie ferroviaire, cette stratégie de diversification a demandé beaucoup d’énergie, mais le résultat paie. « Nous sommes une PME très réactive, ce qui nous a permis de conquérir de nouveaux marchés, notamment quand le secteur pétrolier a baissé » explique Emmanuel Germain.
Autre relais de croissance possible : l’export. Après le creux de 2009, la PME bretonne avait rapidement réalisé 25 % de son CA à l’international. Quand le marché français a rebondi, Emmanuel Germain a recentré ses efforts sur l’Hexagone. Mais la possibilité de développer à nouveau l’international existe toujours, si besoin.

Blocs nus contre blocs équipés
« Il existe de nombreux fabricants de blocs forés sur le marché actuellement. La plupart proposent des blocs nus. Nous n’allons pas sur ce marché, mais nous préférons nous orienter vers le marché des constructeurs. De plus, notre valeur ajoutée réside dans la maîtrise de l’usinage autant que de l’hydraulique » souligne Emmanuel Germain. « C’est ce qui nous permet d’être très réactifs aujourd’hui. » Cette réactivité est rendue possible par la disponibilité d’un stock de composants, d’une valeur de 500 000 euros.
Pour l’usinage, la PME a recours à de nombreux outils de formes, pour usiner les cavités hydrauliques. Cette spécialisation leur permet de répondre à de multiples demandes, des plus simples aux plus complexes, avec ou sans plan. La PME bretonne a par exemple été amenée à réaliser un bloc au modèle de 4 tonnes, pour un fabricant de tracteur : « nous avons démonté le bloc, réalisé les relevés de cotes. Le bureau d’études s’est attelé à la tâche tandis que l’usinage avait lieu parallèlement. Il nous a fallu quatre semaines pour reproduire la pièce. »

Bloc foré complexe
La mise au point d’un bloc foré passe bien sûr par un prototype, validé par un banc test. Le prototype est ensuite installé sur la machine de destination, et finit par devenir un produit standard. Dès lors, le bloc est validé et les commandes affluent à intervalles régulières. La partie conception du processus met à contribution les trois ingénieurs du bureau d’études, qui peuvent parfois plancher sur des cas épineux. Pour un client spécialisé dans la conception de bancs de tests, le bureau d’études d’Hydraumatec ingénierie a eu à plancher, un mois durant, sur un bloc foré particulièrement complexe. Les contraintes techniques étaient nombreuses : l’utilisation de Skydrol, un fluide qui dégrade les joints. « Il nous a fallu limiter le nombre de contreperçages pour limiter d’autant le nombre de joints » détaille Denis O, responsable technique. La pression de 350 bars, la nécessité de diminuer autant que possible le nombre de raccords, et de tubulures en inox pour éviter l’inflation du coût, enfin la contrainte de place ont constitué pour l’équipe de sérieux challenges. Le résultat est bien sûr à la hauteur des attentes, grâce à l’expertise de la PME, qui sait fournir les bonnes recommandations lorsqu’elles s’avèrent nécessaires.

Machine automatisée 5 axes
Pour accompagner cette croissance, Emmanuel Germain n’hésite pas à investir dans le parc machine. Dernière acquisition en date : un centre d’usinage Mazak dernier cri, en cours d’installation. Commandé il y a près d’un an, le centre 5 axes Variaxis I300 AWC (Auto Work Changer, changement automatisé de l’outil) est le premier exemplaire livré en France, voire en Europe. Un bras robotisé pose et enlève automatiquement le bloc à usiner par une trappe latérale, alors que ce chargement se fait habituellement par l’avant, de façon manuelle. Ergonomie améliorée, meilleure productivité.
Une machine flexible, qui permet d’usiner le bloc sans avoir à le déplacer grâce à ses cinq axes simultanés. L’outil d’usinage se déplace en effet selon les trois axes x, y et z, et tourne sur les axes A et B pour approcher la pièce dans toutes les directions. « À l’origine, j’avais eu l’idée d’investir dans une machine 5 axes et de l’automatiser par un prestataire extérieur. J’ai découvert cette machine, à l’occasion d’une avant-première dans un salon mécanique. Nous sommes revenus dans le showroom Mazak en Grande-Bretagne pour la tester. Ces tests ont été plus que positifs, et nous avons passé commande. »
Emmanuel Germain fait un point environ tous les deux ou trois ans, pour évaluer les besoins en investissement dans le parc de machines : « J’ai repris la société en 2007. Depuis, j’ai décidé d’investir en 2009, 2012, 2015 et 2018, dernièrement, avec ce centre d’usinage » détaille Emmanuel Germain. « Nous sommes sur un marché porteur. Je n’hésite donc pas à investir. » 

Métier sous tension
Les investissements, et même les possibilités d’agrandissement du site : « nous pourrions doubler notre surface de production sans problème » estime Emmanuel Germain. L’usine a en effet été bâtie sur 1,5 hectare de terrain. Il reste de la marge. La problématique principale à laquelle Emmanuel Germain doit faire face actuellement, c’est plutôt le recrutement. La progression du chiffre d’affaires a atteint 10 % par rapport à l’exercice 2017-2018, clôt au 31 mars dernier. « Nous aurions pu améliorer ce résultat, mais nous avons des difficultés à recruter des opérateurs sur machine à commande numérique » déplore le PDG. Un problème récurrent dans de nombreux domaines de l’industrie : mécanique, hydraulique ou plasturgie. « Mon passage dans l’émission présentée par François Lenglet, L’angle éco, sur France 2, en décembre 2014, n’a pas réglé le problème. Le thème en était : les métiers sous tension. »
L’investissement de 800 000 euros se justifie d’autant mieux que ce centre d’usinage pallie partiellement le défaut de main d’œuvre auquel est confronté Emmanuel Germain, puisqu’il permet d’automatiser certaines tâches répétitives réalisées en temps masqué, la nuit ou le week-end. La PME compte 16 opérateurs actuellement. Selon Emmanuel germain, il en manque cinq. L’investissement dans le centre d’usinage Mazak permet d’en « économiser » deux et demi. « Mes techniciens peuvent ainsi se concentrer sur des petites séries ou des pièces très techniques » justifie le PDG d’Hydraumatec ingénierie. « Nous avons mobilisé tous les canaux de recrutement : Pôle Emploi, l’UIMM, le syndicat de la métallurgie, les chasseurs de tête… La mécanique a longtemps été dénigrée auprès du grand public. » Faute de trouver les compétences, Emmanuel Germain envisage d’investir dans un centre d’usinage supplémentaire… 

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