N°244 - Septembre 2026

N°244 - Septembre 2026

L’automobile européenne entre transition électrique et désindustrialisation

Le secteur automobile européen traverse une zone de turbulence sans précédent. Alors que les ventes de véhicules électriques (VE) bondissent de 55 % depuis le début de 2026 en France, les volumes globaux du marché reculent, entraînant dans leur sillage des pans de la transmission de puissance. À travers sa déléguée générale, Laurence Chérillat, ARTEMA dresse un bilan 2025 mitigé, entre espoirs technologiques et réalités économiques brutales.
« Les volumes dans l’automobile sont primordiaux », rappelle-t-elle. « Ces volumes conditionnent la rentabilité aussi bien des fournisseurs que des constructeurs. » Or, les commandes de véhicules, flottes d’entreprises en tête (50 % du marché), ont baissé de 2 % en 2025. Pourtant, la part des VE s’établit à 28 % en 2026, contre 20 % en 2025. « L’électrique en France progresse surtout grâce aux incitations, comme le leasing social », note-t-elle.£
Cette apparente contradiction s’explique par un double phénomène : le leasing social dope artificiellement les ventes de VE, tandis que la politique européenne, en privilégiant l’électrique au détriment du thermique, fragilise un écosystème déjà ébranlé par la concurrence chinoise et l’absence de filière batterie. Résultat : une dépendance accrue à la Chine, leader des terres rares.
Dans ce contexte, les transmissions mécaniques accusent un repli de 5 %, et le chiffre d’affaires des adhérents d’ARTEMA fléchit de 0,3 %. « Compte tenu d’une mauvaise année 2024, nous espérions un résultat stable en 2025. Nous n’y sommes pas », regrette Laurence Chérillat. Les écarts sont importants : fixations, étanchéité et guidages linéaires sont en positif ; les roulements, stables ; toutes les transmissions, en baisse. « Les métiers de la transmission de puissance ne sont que peu impactés directement par l’affaiblissement des ventes thermiques. C’est plutôt le ralentissement des investissements qui touche nos métiers », nuance-t-elle.
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Autre défi : la flambée des matières premières. Cuivre, titane, aluminium et polymères voient leurs prix s’envoler, portés par la guerre au Moyen-Orient. « Pas de pénurie, mais des hausses difficiles à évaluer », précise-t-elle. Enfin, les PFAS, ces « polluants éternels » indispensables à l’étanchéité, posent un casse-tête : « Les industriels ne trouveront pas de substitut pour le PTFE d’ici 12 à 13 ans », ­admet-elle.
Au global, les chefs d’entreprise n’ont aucune visibilité pour 2026. « Les trésoreries sont plus fragiles qu’à la sortie de la crise sanitaire », déplore Laurence Chérillat. Face à ce constat, une question s’impose : l’Europe saura-t-elle concilier transition écologique et souveraineté industrielle ? Sans investissements massifs et sans coordination, le risque est grand de voir filer vers l’Asie batteries, compétences et emplois. 


Karim Boudehane, Rédacteur en chef

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