Bilan 2021 : L’approvisionnement en difficultés

Le gap de la crise sanitaire de 2020 a presque été comblé en 2021. Les exportations ont largement contribué à ce rebond. Pour autant, les industriels font face à d’autres difficultés : les pénuries de composants, et la flambée du coût de l’énergie et des matières premières. Les carnets 
de commande sont bien remplis, du fait d’une reprise très forte, mais les délais de livraison s’allongent.

Au global, l’année 2021 ne rattrape pas tout à fait la chute de l’année précédente (2020), qui avait vu un plongeon de -18% sur l’ensemble des professions représentées par ARTEMA. « En 2021, nous avons largement rebondi avec + 18 % de croissance, mais cela nous situe encore à - 3 % sous les résultats de 2019 », indique Laurence Chérillat, déléguée générale d’ARTEMA. Cette dernière précise que l’export a largement contribué à cette remontée. « Ce domaine avait beaucoup chuté en 2020 » précise-t-elle. Logiquement, c’est là que le plus fort rattrapage a eu lieu.

« Les commandes ont énormément progressé. À fin 2021, les carnets sont très hauts. Les délais d’approvisionnement se sont allongés sensiblement dans tous les secteurs, la pénurie de semi-conducteurs a commencé à apparaître dès octobre 2021. »
La chaîne de production, en particulier dans la mécatronique, a commencé à se gripper à ce moment-là. « Les carnets se sont remplis, mais sans possibilité de livrer, du fait de cette pénurie. » Les délais atteignent alors des sommets : jusqu’à un an d’attente pour livrer certains systèmes.
L’origine de ces semi-conducteurs est en Asie ou aux Etats-Unis. Le coup d‘arrêt à l’économie en 2020 ayant perturbé les chaînes logistiques, difficile de reprendre immédiatement. Le goulot d’étranglement perdure depuis, même si la situation a eu tendance à s’améliorer fin 2021.
La complexité des chaînes logistiques dans le cas des semi-conducteurs a privé les entreprises de visibilité. Les pénuries ont donc surpris beaucoup d’industriels. Il y a sans conteste la crainte de manquer qui aura poussé certains à stocker longtemps à l’avance. Mais cette attitude n’explique pas tout. « L’allongement des délais de livraison est très variable, note Laurence Chérillat. Cela va dépendre des produits et des stratégies des entreprises concernant l’allocation de produits aux clients. Pour lisser ces problèmes d’approvisionnement, certains clients commandent en avance de phase. Nos adhérents ont donc beaucoup travaillé pour tenter de fluidifier la demande en s’attachant à satisfaire les besoins réels plutôt que supposés. »

Journées Artema :
rendez-vous les 29 et 30 septembre

Les 29 et 30 septembre prochains à Saint-Malo, l’organisation professionnelle prévoit ses JAM (Journées ARTEMA de la Mécatronique) avec deux thématiques cette année : l’une en avance de phase : « Le Metavers : quelles opportunités pour les entreprises industrielles ? », l’autre, peut-être liée à l’actualité : « Pour le recrutement a-t-on vraiment tout essayé ? ». Ces rencontres sont propices aux échanges et à la prospective. Comme souvent, le programme sera plein de surprises tant sur le fond que la forme.

La déléguée générale d’ARTEMA avait d’ailleurs anticipé le problème : « L’année 2021 va être compliquée. Le restockage a commencé, et les entrées de commandes enregistrent une progression à deux chiffres. De nombreux projets d’OEM se concrétisent. C’est un bon signal, mais le problème est que tout le monde redémarre en même temps partout dans le monde ! Cela entraîne de gros soucis d’approvisionnement en matière première : les polymères techniques, les aciers ou les semi-conducteurs sont même contingentés. Ce n’est pas la première fois que nous connaissons des tensions sur les approvisionnements en PA 6.6, par exemple, souligne la déléguée générale. Il y en avait eu en 2019, à la suite d’un incendie chez un producteur allemand. »

50 % de hausse sur les matières premières
Les industriels n’ont, à cette heure, aucune difficulté à rembourser les PGE souscrits (prêt garanti par l’Etat) : certains industriels ont souscrit un PGE par précaution, sans les utiliser ou en y ayant eu recours récemment. La conjoncture est très différente selon le secteur client. L’automobile est indéniablement le grand sinistré parmi les marchés de la transmission de puissance. Mais le secteur de la transmission de puissance y est relativement peu présent à part les roulements et les fixations. « La difficulté sur ce marché, c’est de répercuter les hausses de prix des matières ou d’énergie » fait remarquer Laurence Chérillat. Cela s’ajoute à la conjoncture difficile du marché de l’automobile depuis de nombreux mois. Pour les autres marchés, les hausses de coût sont plutôt répercutées, intégralement ou partiellement.

Les hausses de coûts des matières premières sont parfois le fruit d’une spéculation effrénée sur les marchés financiers : c’est le cas du nickel composant essentiel de l’inox, alors que la matière ne manque pas particulièrement. « La reprise a été si forte, partout dans le monde, que la demande a été supérieure à l’offre. Il va falloir patienter quelques mois encore pour espérer une stabilisation des marchés » indique Laurence Chérillat. Les hausses touchent bien sûr les tôles magnétiques (moteurs, motoréducteurs), le cuivre, les aciers : les hausses atteignent a minima 50 %. « La part matière étant variable dans les produits, les impacts sont variables » tempère la déléguée générale d’ARTEMA.

Flambée de l’énergie
Côté énergie, la flambée des cours n’est un secret pour personne : gaz, électricité. « L’impact se mesure au cas par cas, chez nos adhérents. Certains avaient des contrats arrivant à échéance en octobre 2021. Lors du renouvellement, ils ont subi des hausses de 50 à 80 %, difficiles à répercuter sur le prix des produits, à la différence des hausses du coût des matières. Pour les prix de l’énergie, il n’existe aucun indice. D’autres ont eu plus de chance, avec des contrats sur 3 ans négociés en 2020, autrement dit au moment où les cours étaient au plus bas. » Toutes les durées de contrat existent : de 1 à 5 ans. Le tout est d’avoir signé au meilleur moment, mais cela ne se décrète pas.
L’énergie est évidemment centrale dans la production : traitement de surface, traitement thermique sont particulièrement énergivores. « Certains répercutent l’intégralité de la hausse, d’autres pas. Dans ce cas, ils rognent sur leur marge. Cela dépend des marchés, de la stratégie d’entreprise. De nombreux facteurs peuvent permettre d’amortir ces hausses » fait remarquer Laurence Chérillat. 
Chez les producteurs d’acier, la part d’énergie est considérable et vient renchérir le coût des matières premières. Double peine, donc, pour leurs clients, avec un surcoût qui peut atteindre 200 € la tonne, pour un prix de départ de l’ordre de 1 000 €, par exemple. « Certains sidérurgistes ont même cessé la production en février car ils perdaient de l’argent » relate la déléguée générale. Nous sommes ici en plein cercle vicieux, malgré des stocks tampons.

Plateforme d’achats :
50 000 € d’économies

La plateforme d’achats proposée par ARTEMA depuis octobre 2021 remplit parfaitement son office. Une cinquantaine d’adhérents y ont eu recours entre octobre 2021 et mars 2022, pour un montant d’achats de 350 000 €, et des économies de l’ordre de 50 000 €. L’organisation professionnelle ne s’arrête pas là : « nous lançons une commission achat au sein d’ARTEMA pour évaluer les besoins non couverts » précise Laurence Chérillat. Dans le contexte de renchérissement des matières et de l’énergie que nous connaissons, toute économie est bonne à prendre.

Les arrêts de production n’ont heureusement pas touché les professions de la transmission de puissance. Les seuls arrêts sont liés à la crise sanitaire, compte tenu d’effectifs réduits. La crise des subprimes en 2008 a été le seul précédent en termes de hausse des prix des matières. Mais à l’époque, ni l’énergie ni les semi-conducteurs n’étaient impactés. « Les constructeurs automobiles ou de matériels de TP ont arrêté leurs usines en 2021 et encore en ce début d’année 2022 » rappelle Laurence Chérillat.

Coup de pouce aux industriels
Les plans de relance, de modernisation, PGE et autre prime au suramortissement s’empilent en France. Les mesures gouvernementales sont les bienvenues et ont contribué à « booster » les investissements mais difficile de s’y retrouver. « Un PGE résilience a été déployé » indique Laurence Chérillat. « Des aides sur le plan régional s’y ajoutent. Les industriels réussissent à se faire aider si besoin. Résultat : les dépôts de bilan dans l’industrie sont rares. » Le taux de chômage reste donc bas, avec une stabilité de l’emploi. « Le recours à l’apprentissage a été important, avec près de 5 % d’apprentis tous métiers confondus, aussi bien en production qu’en bureau d’études ou dans les services support » se réjouit la déléguée générale. « Les industriels de la mécatronique y ont toujours cru, d’autant que c’est un moyen de recruter, par la suite. »  Le recrutement se heurte, comme les années précédentes, aux difficultés pour trouver les profils, et à un mouvement de départ en retraite important pour les cinq années à venir. 

Anticipations de hausse en 2022
Le blocage du port de Shanghai, en Chine, n’arrange rien à l’affaire. Pour autant, « nous ne voyons pas encore l’impact de cette décision des autorités chinoises » note Laurence Chérillat. « Il y a un délai d’environ deux mois et demi entre la commande et l’arrivée de la pièce en Europe. Mais tous les industriels s’attendent à un impact. » 
Bonne nouvelle : les carnets commencent à désemplir depuis début mai 2022. « Peut-être est-ce là l’effet de la guerre en Ukraine, qui rend les industriels plus prudents sur les commandes.  Pour autant, nous demeurons à des niveaux élevés. » L’activité ne faiblit pas. Les groupes maintiennent leurs prévisions : « les industriels tablent sur une croissance de 5 à 10 % en 2022 par rapport à 2021, toutes professions confondues » relate la déléguée générale. Les transmissions mécaniques anticipent un + 7 %, par exemple. L’hydraulique parie sur une fourchette de 5 à 10 % de hausse, plus spécialement dans le mobile. La hausse anticipée pour le pneumatique est de l’ordre de 5 %, l’étanchéité serait à 10 %. Pas de prévisions à la baisse, donc, du fait de carnets encore très remplis. La grande interrogation sera pour le dernier trimestre de l’année 2022 : « à partir d’octobre, c’est l’inconnu, les industriels n’ont pas de visibilité » indique Laurence Chérillat.
Selon ses retours, le marché de l’aéronautique aura bien rebondi fin 2021 et pourrait être au-dessus de 2019 à la fin de 2022. Le secteur automobile aura sans doute beaucoup de mal à se relever. Il a donc largement recours au chômage partiel. Pour autant, Laurence Chérillat conclut sur une note plutôt optimiste : « le sentiment positif est perceptible dans tous les secteurs : le bâtiment, l’aéronautique, l’industrie. L’oil and gas repart très fort, les investissements reprennent. La demande se maintient, hors un contexte géopolitique tendu et le manque de visibilité. » À suivre...

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