Jet Moteurs met le turbo
Basée à Vitré, près de Rennes, Jet Moteurs est distributeur exclusif des moteurs Cantoni et Siti, de fabrication polonaise. Avec un chiffre d’affaires de près de 3 millions d’euros réalisé essentiellement dans un grand quart Nord-Ouest du pays, Jet Moteurs revendique une place plus importante sur le marché des moteurs, réducteurs et des freins électromagnétiques, à l’image de la qualité de ses produits.
Thierry Le Gal dirige la PME familiale Jet Moteurs depuis plus de 30 ans, à Vitré, en Ille-et-Vilaine. Une PME familiale au sens non pas de famille biologique (aucun lien de parenté entre les sept salariés de l’entreprise) mais plutôt au sens élargi : « je nous considère comme une famille, nous travaillons côte à côte depuis de nombreuses années. C’est le cas de notre commerciale sédentaire, Isabelle, présente dans l’entreprise depuis 30 ans, ou de notre comptable, une autre Isabelle, 24 ans de maison. »
Actuellement, Jet Moteurs, ce sont plus de 6 000 moteurs en stock à Vitré (jusqu’à 250 kW, longueur de fer A-B-C – voir D), et plus de 45 000 moteurs pour le stock européen. Son atout ? Une forte réactivité, qui permet d’assurer un départ immédiat, « par coursier, Chronopost ou messagerie » souligne le dirigeant.
Le service est le maître mot de la PME : « nos dernières livraisons en « service course » de moteurs 11 kW-1500T B14 ont pu se faire en seulement 4 heures. Il s’agit là d’un moteur introuvable. De quoi éviter un arrêt de process pour le client et une économie de 10 000 € » se réjouit le directeur général.
Thierry Le Gal rappelle comment un distributeur peut naître à Vitré : « le plan Marshall a accéléré l’électrification des campagnes dès 1948, afin d’industrialiser les process agricoles. De nombreux industriels bretons embrayent et se lancent dans la fabrication de matériel, dont les Fonderies Ateliers de l’Ouest (FAO), à Vitré : 500 salariés qui lancent une production de moteurs électriques à destination du secteur agricole. »
À l’époque, les composants sont français. À partir des années 80, la politique change : les composants deviennent européens, en l’occurrence polonais, pour les moteurs, via la société Elektrim. Et la mondialisation se met en marche en incluant l’Inde et la Chine.
Trois grandes dates sont à retenir à propos de Jet Moteurs : 1878, avec la création de l’usine Elektrim/Cantoni ; 1967, date de création de l’usine Siti et, plus proche de nous : 1993 qui voit la création du pôle de distribution France, Jet Moteurs.
Négoce et maintenance industrielle
Elektrim est une société d’Etat en Pologne, comptant cinq sites de fabrication de moteurs électriques. De son côté, le dirigeant de FAO décide de mettre en place une structure de fournitures pour industriels, dont les moteurs. Il lance FAO Distribution, à la fin des années 1980. Thierry Le Gal arrive dans l’entreprise de distribution précisément à cette période, au poste de technico-commercial sédentaire. FAO distribue alors les moteurs Elektrim (qui vont devenir les moteurs Cantoni) aussi bien que les moteurs… WEG, son concurrent actuel ! Cela dure jusqu’en 1993. Thierry Le Gal prend alors la direction de l’entreprise, à l’occasion d’un changement d’actionnaires. C’est la naissance de Jet Moteurs.
Il rompt la relation avec WEG, et oriente l’activité de l’entreprise autour de deux axes : le négoce (distribution) à travers Jet Moteurs, et la maintenance industrielle, avec AEP Bretagne. Après la chute du mur de Berlin, les sites de production d’Elektrim seront repris par Giampiero Cantoni. C’est la naissance de Cantoni Motor. Le modèle de production est intégré, pour chaque usine : un service développement, une fonderie, un atelier de découpe des tôles magnétique et l’assemblage. Les moteurs Cantoni sont fabriqués de A à Z dans chaque site du groupe Cantoni. L’objectif de Cantoni Motor est alors de proposer des moteurs asynchrones de 40 W jusqu’à 7 000 kW. Sur le site de Besel, les moteurs ont une hauteur d’axe 56, jusqu’à 80 mm. Sur le site d’Indukta/Celma, de 90 jusqu’à 315 mm. Le site d’Emit prend en charge les tailles supérieures à 355 mm et aujourd’hui jusqu’à 1 000 mm. Le programme de production est digne d’un leader européen, avec une histoire supérieure à 150 ans. L'usine d’Ema-Elfa continue de produire une large gamme d'appareils électriques depuis 1954. Elle fait partie du groupe Cantoni depuis 2000. Elle propose une large gamme de produits tels que des freins électromagnétiques AC/DC, utilisés pour freiner le mouvement rotatif d'un arbre de moteur ou d'une machine.
Marge et volume
Jet Moteurs est donc désormais le distributeur exclusif, en France, de Cantoni Moteurs et de Siti : « Nous nous adressons aux fabricants-intégrateurs aussi bien qu’aux bobiniers. Nous ne visons pas les utilisateurs finaux, type Renault. C’est une qualité, selon notre approche, mais un défaut car nous ne sommes pas référencés chez les fabricants » précise Thierry Le Gal. Viser ces utilisateurs finaux est « une trop grande dépense d’énergie au regard du retour sur investissement » déplore le dirigeant. Le chiffre d’affaires de Jet Moteurs, près de 3 millions d’euros pour sept salariés, se répartit pour moitié auprès des fabricants, pour l’autre moitié via la distribution, ateliers de bobinage ainsi que les leaders de la fourniture industrielle qui reconnaissent le sérieux du service. « Les fabricants m’apportent du volume, la distribution m’amène de la marge » note Thierry Le Gal. Néanmoins, le poids des leaders du secteur des motoréducteurs est tel que ces derniers se taillent bien évidemment la part du lion : « À titre d’exemple, Nidec Leroy Somer représente 50 à 60 % du marché français » note Thierry Le Gal. Jet Moteurs intervient sur des segments de marché que ces leaders ont fait le choix de ne pas occuper : les moteurs de très fortes puissances, notamment. Thierry Le Gal ajoute à cela une forme de condescendance à l’égard des pays de l’Est, de dénigrement quant à la qualité des produits qui en sont issus, et l’on comprend mieux la répartition des parts de marché en la matière. « Si le moteur Cantoni avait été un mauvais moteur, je n’aurais pas tenu 35 ans » justifie le dirigeant. Comment accroître ses parts de marché, par conséquent ? Thierry Le Gal mise sur l’évolution des mentalités : « nous avons affaire à de jeunes acheteurs qui ont voyagé en Pologne, connaissent ce pays et en possèdent une vision très différente. Ils intègrent donc facilement dans leur sourcing le fait de travailler avec la Pologne. Cela peut apporter de nouveaux marchés à Cantoni. Nous avons le moteur de l’avenir pour ensemble traverser cette période, avec le programme IE4 direct, réseau 400 V à partir de 0.12 kW, qui est unique en Europe et nécessaire pour l’avenir de nos enfants, à une période où les énergies vont devenir rares et chères. C’est un sacré pari pour Jet Moteurs. » Mais voguer à contre-courant n’est pas pour effrayer un Morbihannais comme Thierry Le Gal.
Communiquer davantage
Sur le plan français, cela passe par une stratégie de communication plus agressive, en affichant sa présence sur les salons : « nous serons sans doute présents à Global Industrie en 2025, et Cantoni est présent à Hanovre chaque année » souligne Thierry Le Gal. L’objectif est d’atteindre les 5 millions d’euros de chiffre d’affaires : « nous pourrions viser davantage, en nous structurant pour y parvenir. » De ce fait, Thierry Le Gal recrute régulièrement des technico-commerciaux pour muscler sa force de vente. Un gros avantage : son autonomie financière. « Je ne dois d’argent à personne » se réjouit Thierry Le Gal. « Tout notre stock, de 40 Watts à 250 kWatts, et d’une valeur d’un million d‘euros, est à votre disposition. »