, ,

La transmission de puissance en fort rebond en 2022

La conjoncture est historique. Jamais les métiers de la mécatronique n’avaient connu de tels rebondissements, au sens propre du terme, entre les effets de la mise à l’arrêt forcée de l’économie qui persistent à se faire sentir, une inflation hors de contrôle, des pénuries et des délais de livraison extravagants. De quoi inciter à la prudence, note Laurence Chérillat, déléguée générale d’ARTEMA.

La bonne nouvelle, c’est le fort rebond des métiers de la mécatronique en 2022 par rapport à 2021 : « 2022 est une bonne année, pour toutes les professions. Elles réalisaient +15 % en 2021 par rapport à 2020, et +13, 5 % en 2022, soit 8, 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La performance de la mécanique au global, par comparaison, s’élève en 2022 à 9, 8 % : « les professions de la mécatronique connaissent un effet amplificateur à la baisse et à la hausse, du fait des stocks » indique la déléguée générale, qui ajoute : « En valeur absolue, nous sommes largement repassés au-dessus de 2019, à +6 %. » Les carnets de commande frôlent des records en 2022 : jusqu’à 18 mois. Cependant, compte-tenu des difficultés d’approvisionnement, les industriels ont eu des difficultés à livrer. « Ce phénomène tient davantage de la désorganisation de la chaîne logistique que du rebond d’activité, avec des reports forcés de 2021 vers 2022, par exemple » tempère Laurence Chérillat. Le niveau d’investissement est bon en France, via plusieurs plans tels que France Relance.

Énergie
Autre bémol : ce fort rebond du chiffre d’affaires est partiellement dû à l’effet prix, avec l’inflation que nous connaissons. « Nous estimons la croissance en volume, hors effet prix, donc, entre 4 et 5 %. »

Le dispositif de carbone aux frontières : un mauvais coup à l’industrie

L’organisation professionnelle des industriels de la mécatronique planche sur plusieurs dossiers réglementaires déterminants pour les professions qu’elle représente : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). 
Élaboré au niveau européen, ce mécanisme va soumettre le fer et l’acier, le ciment, l’engrais, l’aluminium, l’électricité et l’hydrogène à un surcoût pour les importateurs lors du franchissement des frontières européennes. Il doit se mettre en place progressivement jusqu’en 2034.
« C’est un vrai problème pour nous. Nous sommes actifs sur ce sujet depuis longtemps, compte tenu de l’impact sur nos entreprises estimé à 10 % de la valeur ajoutée » souligne Laurence Chérillat. 
Les produits comportant de l’acier en proportions importantes vont donc se retrouver pénalisés, dès lors qu’ils sont produits en Europe. Un produit fini extra-européen ne subira pas ce surcoût. Corollaire : les produits européens, plus chers, perdront en compétitivité à l’export.

L’énergie aura largement contribué à cette hausse des prix : « certaines de nos professions sont très intégrées, et incluent par exemple des fonderies, très énergivores, ou des traitements thermiques. »  Pour bénéficier de l’ARENH*, certains industriels ont dû signer leur contrat de fourniture en octobre 2022, soit au pire moment. Le prix de l’énergie (gaz, électricité) était au plus haut. « Il existe plusieurs cas de figure : le grand groupe international emploie des spécialistes des contrats d’énergie, capables de conjuguer les prix des contrats à terme, fixés plusieurs années à l’avance, avec les prix spots, plus ou moins élevés. Une PME n’a pas cette flexibilité lors de la négociation des contrats, et peut se retrouver impactée sur plusieurs années par des prix élevés fixés par contrat de long terme » détaille Laurence Chérillat. Selon l’enquête diligentée auprès de ses adhérents par ARTEMA, la hausse moyenne de l’énergie (gaz et surtout électricité) enregistrée en 2023 est supérieure à celle connue en 2022. Le prix de l’énergie est stratégique et obéit en France à une logique absurde : « la France a le prix de production de l’électricité le plus bas d’Europe et le prix de vente le plus élevé » note Laurence Chérillat.

Matières premières
Les coûts des matières premières renchérissent également les prix : « les niveaux demeurent élevés, et ne sont pas revenus à ceux d’avant crise. Nous ne reviendrons sans doute pas à ces niveaux dans les années qui viennent. » Plusieurs facteurs sont en effet fortement inflationnistes : la réouverture de la Chine, la forte demande de l’Inde, l’électrification du parc de véhicules on et off road impactent à la hausse le coût des métaux, notamment du cuivre et de certains aciers. Concernant les semi-conducteurs, les prix restent très élevés, compte-tenu de leur pénurie qui perdure : « un véhicule électrique nécessite 10 fois plus de semi-conducteurs qu’un véhicule thermique » fait remarquer Laurence Chérillat. Facile de comprendre à quel point ces composants demeurent convoités, parce que stratégique dans l’approche tout électrique qui a été décidée sur le plan européen, entre autres. La déléguée générale commente : « j’observe les pertes de production de véhicules chaque semaine, au niveau européen et mondial, et ce phénomène s’amplifie dû à la pénurie de semi-conducteurs. »
Le marché du véhicule électrique est, de toutes façons, difficile : aux prix demandés, les VE ne se vendent pas suffisamment. « Le volume est encore faible même si cela progresse. Les industriels doivent anticiper un marché qui ne reviendra jamais au niveau de 2019. Cela génère de l’inquiétude pour les industriels positionnés sur le marché des pièces embarquées » indique Laurence Chérillat. Dans ce paysage, le marché français a été plus dynamique que l’export. Ce dernier réalise une hausse de 11 % en 2022. « Ce différentiel entre marché domestique et exportations s’explique surtout par la stratégie zéro covid de la Chine » note la déléguée générale. Une constante néanmoins : les difficultés d’approvisionnement demeurent, de telle sorte que les carnets de commande sont très remplis, mais difficiles à honorer. « De nombreux éléments se situent dans la continuité post-covid, indique la déléguée générale, mais la situation tend à se normaliser. » Des stocks se sont reconstitués chez les OEM et les distributeurs. « Il s’agit là sans doute de stocks de précaution, au vu des délais de livraison qui s’allongent. Cela risque d’impacter les entrées de commande de l’année 2023, à un moment ou un autre » relate Laurence Chérillat. À surveiller : les délais de paiement ont une tendance à l’allongement du fait de trésoreries qui se tendent. Par exemple, certains clients ne peuvent toujours pas livrer leurs machines par manque de certains composants au premier  trimestre 2023, ce qui pèse sur leur trésorerie.

Les effectifs en hausse
Avec un effectif global stable d’environ 35000 salariés, la mécatronique connaît « une hausse de 2,5 %, avec une part d’apprentis dans nos professions d’environ 3,3 %, soit le double des effectifs présents dans la mécanique. Les industriels de la mécatronique sont très sensibilisés à l’apprentissage depuis de nombreuses années. Les entreprises prennent beaucoup d’apprentis, puisque l’apprentissage est aussi un moyen de recruter » fait remarquer Laurence Chérillat.
Toujours les mêmes difficultés de recrutement pour les opérateurs et les technico-commerciaux : « la situation était identique il y a dix ans, mais c’est de plus en plus compliqué. Les industriels doivent savoir attirer, et ils font beaucoup d’efforts en ce sens » rappelle-t-elle. Pour les niveaux bac +3 et ingénieurs, le manque est toujours présent : les ingénieurs formés sont trop peu nombreux pour satisfaire la demande, « mais ce n’est pas propre à nos professions, c’est général dans l’industrie » notre la déléguée générale.

Projections 2023
« Le premier trimestre est bon en facturation, sur la lancée de 2022. Les commandes continuent de rentrer, même si à un rythme moins élevé, dans toutes les professions. Depuis avril, nous observons cependant un ralentissement dû en partie à l’effet stock, mais pas seulement. En effet, certains clients puisent dans leur stock et commandent moins. Les projets sont de moindre ampleur et moins nombreux. Pour autant, pas d’indicateur de retournement brutal. » Dans les projections d’ARTEMA, le premier semestre est acquis. Le second est plus incertain. Au global, ARTEMA anticipe une croissance pour 2023 comprise entre 2 et 5 %, incluant toujours l’effet prix. Les approvisionnements vont continuer à s’améliorer.

Les PFAS en ligne de mire

Autre coup de poignard dans l’industrie européenne : les substances perfluoroalkylées (PFAS), un groupe incluant plus de 10 000 substances chimiques persistantes que l’UE entend interdire, en production autant qu’en utilisation. Problème : il n’existe aucun substitut connu pour l’ensemble de ces produits. Les principales utilisations dans les métiers de la transmission de puissance : l’étanchéité (PTFE, FKM, FFKM, PFA), les lubrifiants, les produits anti-corrosion ou encore les fluides de traitement thermique. 
Les seuils proposés par le projet européen sont bas, et la mise en œuvre très rapide. « C’est l’urgence absolue pour nous » s’alarme Laurence Chérillat. Faute de traçabilité, il est impossible, pour les industriels, de déterminer avec précision où sont présentes ces substances. L’enquête publique en cours doit être bouclée en septembre 2023. Artema a prévu d’y répondre pour ses professions : « Nous souhaitons notamment que la durée des dérogations soit allongée pour permettre l’émergence de substituts adaptés aux multiples usages rencontrés par nos industriels. Nous travaillons aussi avec la FIM et nos comités européens » indique Laurence Chérillat. 
L’entrée en vigueur de l’interdiction est prévue fin 2026 - début 2027, sachant qu’une qualification de matériaux dans l’industrie nécessite 10 à 15 ans. « Nous avons un devoir urgent de sensibilisation et d’information à notre niveau, de nombreux industriels ne réalisent pas encore les implications de ce projet réglementaire » indique la déléguée générale.

Métier par métier, en 2022
• Transmissions mécaniques
+ 13 %. Meilleurs résultats en France qu’à l’exportation. Très impactés néanmoins par la pénurie de semi-conducteurs pour la partie moto-réducteurs. Les marchés porteurs ont été l’oil & gas, le minier, l’automatisation, les machines en général… L’agroalimentaire a été porteur aussi grâce à la partie maintenance. La robotique et l’aéronautique réalisent d’excellents résultats, les poids-lourds et le ferroviaire moins. Les prévisions pour 2023 sont estimées à une hausse comprise entre 0 et 5 %. 

• Roulements et guidages linéaires
Une bonne année, à + 12, 5 %, surtout sur le marché français. La reprise dans l’aéronautique, la défense et le spatial a été très forte, de l’ordre de + 40 %. Bon rebond enregistré avec les machines OEM, dû aux investissements. Le conflit ukrainien a fortement accéléré le rebond des industries de l’armement. L’automobile a connu une légère amélioration en 2022 pour les roulements. Sans l’automobile, la progression du chiffre d’affaires de la profession est supérieure à 16 %. La profession aura néanmoins été, comme les fixations, la plus touchée par les hausses du prix de l’énergie, liées au traitement thermique des roulements et à l’achat de pièces forgées.
Le guidage linéaire étant lié aux investissements dans le parc de machines, les résultats sont très bons en OEM, qui ont connu une vague d’investissements liée aux différents plans de relance.

La suite devrait voir un retour à des investissements plus classiques. Le premier trimestre 2023 prolonge cette lancée. Seul bémol : le phénomène de déstockage dans la distribution, qui aboutit à un résultat négatif. Au global, ce métier peut espérer une hausse de 2 à 5 % en 2023.

• Fixations
+13 %. Automobile, industrie, BTP sont positifs. L’aéronautique a littéralement explosé ! En 2023, le BTP devrait plonger, les autres marchés se maintiennent et l’aéronautique est toujours fortement haussier. Peu de visibilité pour le second semestre. 

• Pneumatique
+6 %. Une bonne année, dont les résultats sont tirés par les automatismes pneumatiques et les investissements dans l’agroalimentaire, particulièrement, le médical ou l’assemblage électronique, dans lequel le pneumatique est très présent. Gros problèmes d’approvisionnement pour les automates, dû à un manque de composants électroniques. La progression est envisagée à +2 % en 2023.

• Transmissions hydrauliques
+20 %. Une excellente année, en particulier grâce au machinisme agricole et aux engins mobiles du BTP, malgré les difficultés majeures d’approvisionnements et les coûts des matières premières. Les carnets de commande demeuraient très hauts fin 2022. Une situation historique, qui s’améliore sur les différents points noirs. À l’export, le marché américain est très positif, le marché chinois plus difficile. Une année exceptionnelle, qui rend le métier optimiste pour 2023 avec une prévision de hausse de +7 %.

• Etanchéité
+ 15 %. Une très bonne année. La progression a été plus tardive, tirée autant par le marché domestique que par l’export. L’étanchéité a été tirée par l’hydraulique et bénéficie donc de la forte hausse de ce dernier mais aussi par les marchés liés à l’énergie, nucléaire en tête. Hausse espérée en 2023 : +5 %. 

*ARENH : Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique. Il permet à tous les fournisseurs alternatifs de s'approvisionner en électricité auprès d'EDF dans des conditions fixées par les pouvoirs publics.

Les derniers articles sur ce thème

L'accès à la totalité de la page est protégé.

Je m'abonne

Identifiez-vous