Roulements : mobilisation contre le fléau de la contrefaçon

Autrefois limitée aux pays émergents et aux composants standard et de petites tailles, la contrefaçon des roulements concerne maintenant l’ensemble des pays ainsi que des produits de toutes dimensions. Le marché de la rechange industrielle est particulièrement attaqué. Pour essayer d’endiguer ce fléau, la profession se mobilise, consciente que le problème requiert une réponse collective qui passera nécessairement par la valorisation de circuits de distribution fiables.

3.500 accidents industriels, 4,5 milliards d’euros de dommages économiques dans l’industrie de service, 200.000 emplois détruits dans le monde dont près de 30.000 en France… Les dégâts causés annuellement par la contrefaçon sont considérables ! Recensés par l’Unifab (Union des fabricants), ces chiffres donnent le vertige. « Tous les secteurs sont touchés », s’exclame Christian Peugeot. Pour le président de l’Unifab, également directeur des affaires publiques et délégué aux relations extérieures chez Peugeot, l’enjeu est de taille : il s’agit de montrer au grand public que ce phénomène est loin d’être marginal. Au-delà, c’est à une action de défense des efforts d’innovation consentis par les industriels, qu’appelle l’Unifab. 

Facteur aggravant
A l’instar de beaucoup de produits, les roulements sont en permanence sujets à la copie ou à la contrefaçon. Ce qui n’a rien d’étonnant dans la mesure où ce type de composants se retrouvent véritablement au cœur de l’industrie, que ce soit au sein d’une installation d’étirage de film (plus de 25.000 roulements en moyenne), dans une machine d’imprimerie (1.500) ou à bord des avions (2.000), des trains (220) et des automobiles (80). Les roulements participent également à notre vie quotidienne, au sein de nos foyers, en assurant le bon fonctionnement des réfrigérateurs, machines à laver, aspirateurs, mixers et autres sèche-cheveux… On comprend mieux alors qu’outre d’importantes pertes financières, la contrefaçon des roulements se traduit par de graves risques au niveau de la durée de vie des installations et de la sécurité des hommes, qu’il s’agisse des opérateurs de machines ou des usagers des transports.  « La contrefaçon constitue la violation d’un droit, en l’occurrence celui représenté par un brevet ou une marque déposée, synonymes de qualité de production et de services », insiste Laurence Chérillat, déléguée générale d’Artema, le syndicat des industriels de la mécatronique, dont les adhérents fabricants de roulements représentent 99% de la production nationale et 85% du marché français. Facteur aggravant selon elle : « on voit apparaître aujourd’hui des contrefaçons de toutes tailles, particulièrement sur le marché des pièces de rechange industrielles et ce, dans des pays où les cas avérés étaient rares ».

Un défi mondial
Le défi se situe donc à l’échelle de la planète. C’est pourquoi les fabricants de roulements – dont la plupart sont des acteurs au niveau mondial – unissent leurs efforts dans le but de promouvoir une action de sensibilisation des distributeurs et utilisateurs finaux. La World Bearing Association (WBA), instance mondiale qui réunit les associations européennes (elles-mêmes rassemblées au sein de la FEBMA, dont Artema est membre fondateur), l’ABMA américaine et la JBIA japonaise, ont ainsi mené de nombreuses actions dans les pays « source » de la contrefaçon. Parmi celles-ci, l'élaboration de mesures de protection de la propriété intellectuelle et industrielle, la conduite de raids contre la contrefaçon avec les autorités locales, le rapprochement avec les autorités douanières, notamment dans les provinces chinoises et indiennes, des contacts réguliers avec les administrations concernées…
La WBA a ensuite lancé la campagne de sensibilisation « stopfakebearings.com » auprès des distributeurs et utilisateurs - campagne qui se poursuit encore aujourd’hui - et procède actuellement à l’élargissement de son action aux principaux pays consommateurs. Ainsi, sur notre continent, la FEBMA va travailler en relation avec la commission européenne, tandis qu’en France, c’est Artema et les entreprises de la profession qui prennent le relais pour mener des actions dans l’Hexagone.
« L’industrie du roulement est très capitalistique et mobilise des moyens importants en termes d’investissement et de recherche et développement. La contrefaçon dont elle est victime porte maintenant sur des marques reconnues et des produits au contenu technologique très élevé », fait remarquer Didier Sepulchre. Le président du groupe Roulements d’Artema, également membre du comité stratégique de la FEBMA, préconise donc un accroissement des actions de sensibilisation auprès des directions Achats des grands clients de la profession afin de les associer plus étroitement à la lutte contre la contrefaçon. 

Sensibilisation et formation
« Sensibilisation » et « formation » constituent d’ailleurs les maîtres-mots en matière de lutte contre la contrefaçon. A cet égard, l’action menée par les grands fabricants de roulements, tant auprès des autorités des différents pays que vis-à-vis de leurs propres réseaux de distribution, s’avère déterminante. Régulièrement confrontés à  ce fléau, les principaux acteurs de la profession ont mis en place des cellules dédiées à ce problème. La solide expérience accumulée au fil du temps leur permet de réagir aux différents risques induits par la contrefaçon : risques pour la durée de vie des équipements, risques pour la sécurité des opérateurs de machines et les utilisateurs des transports et risques financiers. Auxquels s’ajoutent les risques encourus par les distributeurs qui sont légalement responsables de ce qu’ils vendent. 

Les fabricants engagent de nombreuses actions

Les principaux fabricants de roulements s'engagent de façon concrète dans la lutte contre la contrefaçon de leurs produits. Ainsi, NTN a participé à des actions conjointes avec les différents services d’enquête des États-Unis, y compris la sécurité intérieure et les Naval Criminal Investigation Services. Ces enquêtes ont été réalisées avec la collaboration de plusieurs grandes entreprises. Les raids qui ont suivi ont conduit à la découverte d’un certain nombre d’entrepôts à travers les Etats-Unis contenant des roulements de contrefaçon allégués. Des ingénieurs d’application NTN ont aidé les agents américains à détecter les produits suspects, des logos NTN qui semblaient être faux et des emballages qui ne correspondaient pas aux directives de l’entreprise. Lors de chaque raid, les agents ont saisi des roulements qui doivent encore être évalués, mais qui seraient des pièces de mauvaise qualité et de contrefaçon destinées à être distribuées aux utilisateurs finaux. Ces enquêtes ont abouti à la saisie de centaines de produits contrefaits NTN et de composants venant de plusieurs grands fabricants japonais et américains. Tous les produits suspects ont été saisis et catalogués pour les enquêtes et les poursuites futures. En Allemagne, le groupe Schaeffler, avec l’aide des autorités locales, a fait venir la presse pour une opération de destruction de faux roulements de grande envergure. Environ 40 tonnes de roulements contrefaits, d’une valeur de 8 millions d’euros, ont été détruites. Cette action spectaculaire avait pour but d’attirer l’attention sur le fait que la contrefaçon de produits n’existe pas qu’en Chine ou en Europe de l’Est et ne concerne pas uniquement les produits de luxe. Ainsi, ces roulements estampillés INA, FAG ou SKF ont été découverts chez un revendeur indépendant. « Les conséquences économiques sont énormes : manque à gagner, image ternie, coût des investigations, de la saisie, de l’expertise… mais également coûts pour les utilisateurs », déplore Schaeffler. Outre une participation aux actions des douanes et une collaboration avec les autorités locales partout dans le monde, SKF, quant à lui, multiplie les séminaires, petits déjeuners et journées de sensibilisation aux risques de la contrefaçon. En Inde, un vaste programme a été mené par SKF en novembre 2014 dans plusieurs régions, réunissant à chaque fois près d’une centaine de personnes. En s’appuyant sur les distributeurs, qui ont eux-mêmes lancé les invitations à leurs clients industriels, chaque réunion a rassemblé quelque 35 entreprises. En Norvège, c’est à travers des petits déjeuners, organisés deux fois par an et réunissant des personnalités du monde politique, que SKF a sensibilisé le public à ces questions.

Les fabricants de roulements ont donc élaboré une plaquette destinée à alerter les distributeurs sur les risques encourus et les aider à se prémunir de la contrefaçon. Envoyé à quelques 1.500 distributeurs, ce petit guide recense les bonnes pratiques à respecter pour eux et leurs clients. Il préconise notamment d'acheter toujours ses roulements via des sources fiables et reconnues, d'exiger une facture comportant toutes les informations légales et de se méfier des prix inférieurs à ceux du marché ou des disponibilités inhabituelles, sources de suspicion… Même les emballages sont copiés aujourd’hui déplorent les spécialistes du roulement ! Concernant les produits, « exceptés les experts, nul n’est capable de distinguer un roulement d’une contrefaçon à l’œil nu » ! C’est pourquoi, les fabricants de roulements travaillent  « main dans la main » avec les autorités en expertisant les saisies ou en formant les douaniers. « C’est par un travail collaboratif constant entre les fabricants, les distributeurs et les autorités que passe la lutte contre la contrefaçon », concluent les responsables d’Artema.

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